Tête d'Or / Mathilde Delahaye

DRAMATURGIE DE LA BRÈCHE
Parce qu’il s’écrit en fugace palimpseste dans un lieu, le théâtre-paysage hybride sa dramaturgie théâtrale (le texte, son adaptation, etc.) à celle du lieu. Cette contamination réciproque, unique et non reproductible, de l’esprit du lieu et d’un geste théâtral, est d’autant plus fertile que le lieu est bavard. À cet égard, les ruines modernes industrielles, par ce qu’elles témoignent d’un passé révolu dont la proximité et le contour idéologique interpellent directement notre présent, sont très parlantes. Chargées d’histoires qui nous sont proches, et par là particulièrement fantomatiques et étranges, on les choisit si possible pour leur architecture d’autant plus majestueuse que leur dégradation est une insulte à la promesse de leur conception. Dans les marges des villes, ou cachées au milieu d’elles, les ruines modernes sont l’œil ouvert et inquiet sur notre présent, depuis un passé qui confesserait son échec. Rien d’étonnant alors à ce que la puissance évocatrice de ces lieux irrigue l’imaginaire du praticien de théâtre-paysage. Sur cette photo on voit le début du troisième acte de Tête d’or de Paul Claudel dans la friche industrielle de la COOP dans le port de Strasbourg en 2014 avant sa réhabilitation. Dans le gigantesque espace strié de piliers au style allemand et ouvert sur la rue par une monumentale baie vitrée, une petite cabane de chantier servait de point de rassemblement entre deux actes pour les acteurs. Ils y lisaient les didascalies, puis sortaient pour transformer l’espace (« Les champs à la fin de l’hiver. », « Une salle dans le palais du roi avec de hautes fenêtres. » et enfin « Le Caucase, une terrasse naturelle dans un lieu élevé entourée d’arbres colossaux »), et y jouer l’acte. Comme si la pièce était précédée d’une « fiction-cadre » : de jeunes gens se retrouvent la nuit dans un bâtiment industriel abandonné des faubourgs de la ville, jouent des histoires, se prennent pour des rois, réveillent les fantômes, deviennent pour une nuit les habitants lyriques d’un royaume déchu et merveilleux.

Photos © Bruno Bléger
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Atelier spectacle du groupe 42 dirigé par Mathilde Delahaye

Mathilde Delahaye, élève metteur en scène en deuxième année à l’école du Théâtre National de Strasbourg, a rencontré le jeune Paul Claudel, celui de « Tête d’or », « une pièce de jeunesse sur la jeunesse », résume Mathilde.

Mathilde Delahaye fait respirer Claudel dans le Port du Rhin à Strasbourg

Avec :

Youssouf Abi-Ayad, Clément Barthelet, Rémi Fortin, Paul Gaillard, Romain Pageard, Maud Pougeoise

Mise en scène : Mathilde Delahaye
Scénographie : Léa Gadbois-Lamer
Costumes : Heidi Folliet
Lumières : Sébastien Lemarchand
Son : Julie Roëls
Régie générale et plateau : Auréliane Pazzaglia
Accompagnement technique : Bruno Bléger (Régie générale)