Tartuffe — le géant de Braunschweig

C’était le plus grand, le plus lourd, le plus haut, le plus long à faire naître.
Quatre jours de montage, quatre semi-remorques, un grand trou sur le plateau, et une très grande équipe technique. C’était un énorme chantier, et nous en étions tous les artisans. Un grand bâtiment. Un décor qui dominait le plateau avec une hauteur qui obligeait à lever la tête.

Trois murs, un plafond, un sol : un intérieur monumental, blanc crépi.
Le sol gris, traversé d’une trappe menant aux dessous de scène, ouvrait une autre verticalité.
Des portes, des fenêtres, une perspective refermée par un cyclo blanc et des découvertes. À chaque acte, un étage sortait du dessous de scène. En s’élevant, il donnait l’impression que le plancher fixe s’enfonçait, avalé par le décor.

Dix mètres de haut répartis sur trois niveaux :

  • Niveau 0 : 5,80 m
  • Niveau 1 : 8,00m
  • Niveau 2 : 9,70 m

Une machine scénique à respiration verticale. Tout montait : les murs, le plafond, le cyclo, et même le pont lumière, conçus pour suivre l’axe vertical de la cage de scène. Ce décor ne tenait pas debout — il vivait, il respirait dans une lourde mécanique suspendue. À chaque mouvement, on sentait le poids, et l’équilibre à préserver. Dans le faux-gril, là-haut, le moteur, les élingues, les masses suspendues, tout l’ensemble était contrebalancé avec 2 700 kg de contrepoids sur des porteuses libres qui soutenaient l’ensemble reparti dans le cintre. La cerce du cyclo et son pont d’éclairage, eux aussi mobiles, épousaient le mouvement du décor selon les hauteurs. Ce mouvement lui était confié à la précision des cintriers qui devaient répondre au mouvement du décor.

Quand, enfin, tout fut en place, j’ai ressenti quelque chose comme de la gratitude. On ne construit pas un décor pareil sans qu’il vous change un peu. J’y ai surement laissé des forces. Mais j’étais admiration devant cette architecture, fragile, gigantesque, tragiquement belle.

Moderne, résolument. Apre, assurément. Et drôle, incontestablement. Tel est le Tartuffe que signe Stéphane Braunschweig. Le metteur en scène, âgé de 43 ans, clôt ainsi par un nouveau coup de maître sa brillante aventure à la tête du Théâtre national de Strasbourg, qu’il dirige depuis huit ans. En juin, il remettra les clés à Julie Brochen, avant de se rapprocher du Théâtre de la Colline, à Paris : il y sera d’abord artiste associé, avant de prendre les rênes de la maison en janvier 2010. Moderne Tartuffe, donc. Où tout commence dans une maison légèrement débraillée, peuplée d’adolescents en tee-shirts, vaguement avachis devant une télé qu’on a laissé allumée sur le film porno en crypté. Mais attention : les hauts murs monacaux en attestent, l’ordre moral veille.
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Entretien avec Stéphane Braunschweig

Entretiens patrimoniaux / INA

Photos © Bruno Bléger
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Stéphane Braunschweig / Tartuffe
Tartuffe de Molière
Création le 29 avril 2008 au Théâtre National de Strasbourg

Mise en scène : Stéphane Braunschweig
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck
Lumières : Marion Hewlett
Son : Xavier Jacquot
Assistanat à la scénographie : Alexandre de Dardel
Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou
Assistanat à la mise en scène : Célie Pauthe
Régie générale: Bruno Bléger 

Interprétation : Jean-Pierre Bagot (Monsieur Loyal) – Christophe Brault (Cléante)- Clément Bresson (Tartuffe)- Thomas Condemine (Valère) – Claude Duparfait (Orgon) – Julie Lesgages (Mariane) Pauline Lorillard (Elmire) – Annie Mercier (Dorine) – Sébastien Pouderoux (Damis) – Claire Wauthion (Madame Pernelle)

Participation : Bénédicte Foki (Flipote) – François Loriquet (l’exempt) – Daniel Masson (Laurent)