Germania 3 — Jean-Louis Martinelli

Germania 3 est la dernière grande pièce de Heiner Müller, écrite en 1995, peu avant sa mort. Le titre complet est Germania 3 – Les Spectres du Mort-homme. La création française dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli a eu lieu au Théâtre national de Strasbourg le 4 mars 1997. (Les Archives du Spectacle)

Photos © Florian Tiedje

Le décor de René Caussanel n’est pas une simple reconstitution historique. Il a permi à Jean-Louis Martinelli de faire exister une succession de visions, de situations et de temporalités. Il faut se rappeler que nous sommes au TNS. Le décor et les costumes ont été fabriqués dans les ateliers du Théâtre national de Strasbourg, tandis qu’une partie de la peinture du sol a été réalisée aux ateliers du Théâtre de Nanterre-Amandiers.

A vrai dire il n’y a pas véritablement d’entrée dans cet espace : il y a toujours, et déjà une image sur le plateau. Le sol, traité dans une matière qui évoque une croûte glacée, absorbe les pas et donne l’impression que les personnages se déplacent dans un monde figé. Le bas des costumes est lui aussi recouvert de cette matière blanche, comme si les personnages étaient pris dans le même paysage. Ils semblent ainsi en suspension, en lévitation sur un très grand praticable, haut et fortement pentu, qui plonge vers la salle.

L’espace est aussi recadré par un système de rideaux qui permet de provoquer des apparitions et des disparitions. Comme l’explique Martinelli, lorsqu’un rideau s’ouvre, se ferme, monte ou descend, il ne s’agit pas simplement d’un changement de décor : c’est une manière de « recadrer l’image ». Le rideau brechtien du spectacle avait, lui, une particularité technique assez remarquable : il pouvait fonctionner selon deux modes d’ouverture. Dans son fonctionnement horizontal, le rideau était monté sur un câble tendu entre deux poteaux, situés à jardin et à cour, de part et d’autre du praticable en pente. Il pouvait se déplacer latéralement sur ce câble, permettant ainsi de découvrir ou de masquer progressivement l’image. Mais le même dispositif permettait également un mouvement de type guillotine. Un système de poulies et de chariots permettait de ramener le rideau vers la partie basse du dispositif et de l’engager dans une fente aménagée dans l’épaisseur du praticable.

Dans cette configuration, le rideau ne disparaissait donc pas simplement sur le côté : il était littéralement avalé par le praticable, jusqu’à disparaître dans son épaisseur. Ce dispositif donnait au rideau une véritable fonction dramaturgique. Il ne servait plus seulement à cacher ou à révéler un décor. Son propre mouvement devenait une partie de l’image scénique, permettant de faire apparaître, disparaître ou recadrer les personnages et les situations.

Photos © Florian Tiedje
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GERMANIA 3 Les Spectres du Mort-homme  


Texte : Heiner Müller
Texte français : Jean Jourdheuil, Jean-Louis Besson
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli

Production Théâtre National de Strasbourg Avec la participation du Jeune Théâtre National
Le texte français est paru à l’Arche Editeur en 1996

Décor : René Caussanel
Costumes : Patrick Dutertre
Musique : Louis Sclavis
Son : Alain Gravier
Lumière : Claude Couffin
Maquillage, coiffure : Françoise Chaumayrac
Assistant décorateur : Gilles Taschet
Assistante à la mise en scène : Florence Bosso
Régisseur général : Bruno Bléger
Régisseur son : Alain Gravier
Régisseur lumière : Gildas Burille
Accessoiriste : Olivier Tinsel
Régisseur plateau : Denis Schlotter
Electricien : Christophe Leflo de Kerleau
Chef habilleuse :Carmen Bléger
Habilleuse : Lucia Scalisi

avec

Gérard Barreaux – Jean-Claude Bolle-Reddat – Jean-Marc Bory – Laurent Dorey  – Alain Fromager – Pierre Hiessler – Laurent Manzoni – Charlotte Maury-Sentier – Sylvie Milhaud – Jean-François Perrier – Véronique Ros de la Grange – Agathe Rouillier – Jean-Yves Ruf – Roland Sassi – Daniel Tarrare